Le phénomène du poker à la télévision française
Il était une fois un jeu pas comme les autres : le poker.
Des millions de gens s’intéressèrent à des histoires de succès contemporaines. Le métier de joueur de poker faisait rêver comme celui d’acteur ou de chanteur. Les temps changent, en voici l’évolution.
Cet article se veut être une analyse sur le plan strictement national.
Mes premiers souvenirs du poker étaient ceux quand j’étais enfant. Mon père amenait à la maison ses amis pour faire une petite partie de poker.
Parfois jusqu’à très tard, je vagabondais entre les chaises pour assister à ce spectacle privé. Le secret des cinq cartes de mon père que je devais regarder sans la moindre expression, le bruit clinquant des jetons. Tout cela était un rituel où je trépignais d’impatience.
A cette époque, on était encore à la fin des années 90. Le poker était une occupation de « grand ».
Beaucoup de personnes pensent que le tournant en France est la victoire de Patrick Bruel aux World Series of Poker. A vrai dire, ce n’est pas si vrai que ça.
La victoire de Patrick Bruel a été complètement noyée par la Coupe du Monde 1998 remportée par les Bleus. A vrai dire, ça n’a été qu’à la fin de l’année 98 que la rumeur « Bruel a gagné un bracelet » a commencé à enfler. En fait, ce titre a eu un effet à retardement.
Puisque c’est sur cette légitimité de champion du monde que Bruel va être la figure populaire du poker français. Mais tout ceci vient beaucoup plus tard.
A ce moment-là, nous sommes en 2000. Le poker est toujours estimé comme un jeu d’hommes, et non pas de minet. Même si Patrick Bruel remporte un tournoi, il n’est pas apprécié comme un gamin même s’il fait crier les gamines. Le poker n’est pas encore jugé comme une occupation, une distraction.
Il reste un jeu d’argent, où la règle de la majorité à 18 ans s’applique à la maison. Le football est la distraction numéro 1.
Le soir, on joue aux jeux vidéo peut être, mais pas encore au poker. Qu’est-ce qui a changé entre l’avant et l’après Bruel ? Certainement pas l’ordre établi de la moyenne d’âge du poker, mais déjà une face plus sympathique et abordable.
Non, les vrais catalyseurs du poker en France ne viennent pas de micro-événements français.
Internet s’impose comme une panacée de l’inter-connexion, et les jeunes peuvent y jouer avec du « Play Money », ce qui est à l’époque une petite révolution de jouer avec vrais-faux jetons, avec un vrai-faux enjeu mais avec de vraies personnes. C’est une première phase d’expansion du poker où le Main Event stagnait à environ 300 personnes. Mais de 1999 à 2000, il passe de 393 personnes à 512.
Une succession de coïncidences accélèrent le processus de démocratisation du poker. Et tout commence des Etats-Unis.
La victoire de Chris Moneymaker en 2003 concrétise le buzz qui commence autour du poker. La vidéo de la victoire commence à tourner, on découvre par ailleurs Youtube. Il devient le symbole du slogan : « Tout le monde peut devenir un champion de poker. ». Lorsque Moneymaker remporte ce tournoi de poker, il comporte 839 joueurs.
En 2004, l’avènement des tournois satellite et la médiatisation quadruple le chiffre à 2.576 joueurs.
Tout le monde devient alors friand de poker. Grâce à Internet, ce qui fait le tour des Etats-Unis fait maintenant le tour de la France. A vrai dire, nos mœurs de l’époque n’étaient pas encore totalement préparées. Mais depuis la victoire de Bruel, le mythe du jeu d’hommes s’érode de plus en plus. Et il laisse place à un jeu de stratégie grand public, comme les échecs mais en plus agréable.
Vient alors une obligation télévisuelle pour la France. Ce qui était considéré comme un OVNI devient plus « bankable » et la part de marché touche étonnamment les jeunes qui vont concrétiser là une sorte de rêve de gosse ... l’idée de Bruel considérée comme farfelue et nébuleuse est proposée par ce dernier à Canal +. Le poker commence à se jouer clandestinement entre des gosses de 15 ans en vacances. A celui qui crâne le plus pour impressionner l’autre. « Moi je joue dans les cercles, je gagne des tournois sur le net. » etc.
Quand on dit poker grand public, on s’étonne finalement de voir que la tranche d’âge 18-25 ans a été particulièrement touchée. Et c’est celle-ci qui a désormais 26 ou 27 ans qui en est déjà experte. Le poker est beaucoup plus théorisé, plus affublé de côtes et de formules mathématiques. Enfin, car au début, face aux spectaculaires mains pleines de « All-in », 2003-2005 est une période pleine de maniacs, de « alliners fous ».
Le poker a suivi une progression longiligne avec des émissions grand public comme Direct Poker se rappelant du crédo qui marche toujours autant : « Tout le monde peut devenir une poker star. ». Puis le marché commence à se lasser du thème de la partie.
La démocratisation donne parfois des dérives comme cette émission sur NRJ 12 ou 2 joueurs s’affrontent en Heads-up entourés de 2 animateurs dont Jean Pascal l’agitateur.
On voit aussi des tournois de strip-poker sur des chaînes plus olé olé. Bref, le poker est dans sa phase d’être mis à tort et à travers. Si elle continue dans cette voie, on assistera à son apogée et à son déclin aussi immédiat.
Mais à vrai dire, le poker s’est installé dans le paysage des distractions. Les petits frères veulent faire désormais comme les grands et il est fort probable que jamais, l’on assistera à un poker passé aux oubliettes.
Toutefois, le poker n’est toujours pas une priorité dans les médias, comme un sport grand public. Un résultat de football ou un transfert passe par exemple aux informations.
Mais un résultat de poker, pas encore. La performance d’Antoine Saout au Main Event qui vient d’être qualifié pour la table finale est passée sous silence par les médias français. Il sera intéressant de voir la réaction générale si Antoine Saout, qualifié par Internet, devenait LE champion du monde de poker en 2009.
Auteur : Enzo
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